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Tribune d’Antoine Karam « Pour que la Guyane décolle » publiée dans la revue Le Trombinoscope

Au lendemain de la signature de l’Accord de Guyane, la revue Le Trombinoscope m’a sollicité pour réagir dans une tribune publiée ce vendredi intitulée « Pour que la Guyane décolle ».

Retrouvez l’intégralité de la revue en cliquant ici.

« Pour que la Guyane décolle »

« Comment pouvons-nous continuer à lancer des fusées sur fond de bidonvilles ? »

Ces mots, prononcés par François Mitterrand en 1985 résonnent, 30 ans plus tard, comme un constat d’échec collectif.

Au fil des décennies, le contraste persistant entre la vitrine européenne du centre spatial, fleuron de la technologie, et les conditions de vie honteuses d’une partie des guyanais est devenu insupportable.

En Guyane, 25% des familles vivent en dessous du seuil de pauvreté, 30% des habitants n’ont pas accès à l’électricité et 15% à l’eau potable. De plus, le chômage y touche 22% de la population et près de la moitié des jeunes.

Ces chiffres accablants ne sont que les révélateurs d’une société asphyxiée dans tous les domaines. Territoire le plus criminogène de France miné par les phénomènes de « mules » et de l’orpaillage illégal, la sécurité y est préoccupante mais les difficultés touchent également à la santé, au logement, à l’éducation et à la formation, au foncier ainsi qu’au développement économique.

Cet état d’urgence généralisé est d’autant plus pressant que la Guyane enregistre par ailleurs une forte démographie et une immigration soutenue. De 250 000 officiellement à ce jour, nous serons près de 500 000 habitants en 2030.

La crise sociale qui secoue la Guyane depuis mi-mars est historique. De conflits initialement sectoriels, le mouvement s’est transformé, le 28 mars 2017, en une mobilisation populaire de grande ampleur réunissant toutes les composantes de la société guyanaise : syndicats, collectifs, socioprofessionnels, élus et citoyens.

Les manifestants, scandant tous en cœur « La fusée décolle mais la Guyane reste au sol », ont ainsi voulu faire savoir à l’Etat mais aussi à toute la France, qu’il ne peut y avoir sur un même territoire, opulence et puissance d’un côté, et sentiment d’abandon et de soumission de l’autre.

La crise actuelle n’est que la résultante d’un manque de considération de l’Etat à l’égard de la Guyane depuis 50 ans.

Parlementaires et élus, nous n’avons eu de cesse d’alerter les gouvernements successifs sur l’urgence de la situation. A l’instar des évènements de 2008, je ne peux que regretter qu’il faille attendre une mobilisation de la rue pour que l’on se penche sérieusement sur nos réalités, aussi bien dans les ministères et que dans les médias nationaux. Dans cette crise, la démocratie directe a pris le dessus sur la démocratie représentative, car trop longtemps, l’Etat a refusé d’écouter notre détresse.

Aujourd’hui, le pacte d’avenir annoncé par François Hollande en décembre 2013 est devenu un pacte d’urgence.

La priorité est de construire les infrastructures scolaires, sanitaires, routières ou encore judiciaires. Cependant, nous devons aussi libérer nos énergies, lever les freins qui empêchent la Guyane de valoriser ses ressources naturelles (bois, biodiversité, ressources halieutiques, minières et pétrolières) et développer ainsi une activité économique alternative au spatial.

Je considère que les engagements pris par ce gouvernement, aussi bien sur le plan d’urgence d’1,1 milliard d’euros que sur les mesures supplémentaires formulées par les élus et le Collectif, sont marqués d’un sceau indélébile. Il est indispensable que le prochain exécutif garantisse ces acquis et aille même au-delà, la crédibilité de l’action de l’Etat en dépend.

Je veux le dire, la Guyane ne quémande rien, elle exige l’égalité promise par la Constitution française.

 

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